Artothèque Val-de-Loire

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Brigitte Cairou

  • Brigitte Cairou

     bcairou

      Je travaille avec de la peinture acrylique sur différents supports: le bois et maintenant la toile, dans un geste presque obsessionnel de recouvrement.

     De mon enfance passée en Bretagne, dans un moulin, je garde en mémoire la fluidité de l'eau et la poussière blanche qui recouvrait tout et se déposait sur les objets comme sur les personnes.

    Je travaille sans préméditation, sans dessin préalable, sans programme; à la recherche d'un équilibre de la ligne, de la forme et de la couleur.

    Très jeune, j'ai bénéficié d'une exposition personnelle à l'école d'art de Blois puis j'ai poursuivi mon travail de manière presque autarcique, sans chercher à le montrer. Depuis une vingtaine d'année de nombreuses pièces ont été modifiées, découpées, recouvertes, poncées, régulièrement corrigées, stockées; beaucoup aussi ont disparu.

    Ce que vous voyez aujourd'hui n'est qu'une petite partie d'un ensemble mouvant et illimité dans le temps et l'espace. Une sorte de nuage, une nuée qui se forme s'agrandit, se modifie sans cesse. Chaque pièce peut être vue isolément ou comme faisant partie d'un tout. Le lieu qui accueille ce travail a son importance, la peinture s'installe, peut rester posée au sol, s'accrocher à différentes hauteurs, gagner l'espace.

    Là ou je vis aujourd'hui, j'ai créé un jardin; il me prête son énergie, ses couleurs.

    Les supports sont toujours à l'horizontale, j'y dépose la peinture par gouttes, nappes de couleur, lignes tracées avec des gestes presque toujours rapides. Je procède par comparaison, je trie, je récolte et autorise certains d'entre eux à venir sur mes murs.

    Dans Le parti pris des choses,Francis Ponge parle des arbres dans des termes qui pourraient constituer une réflexion métaphorique sur l'acte de peindre:

    « Il n'y a d'autre mouvement en eux que l'extension » (…)

    « Ils ne peuvent plus y tenir: ils lâchent leurs paroles, un flot, un vomissement de vert. Ils tâchent d’aboutir à une feuillaison complète de paroles. Tant pis ! Cela s’ordonnera comme cela pourra ! Mais, en réalité, cela s’ordonne ! »(...)

     «Toujours la même feuille, toujours le même mode de dépliement et la même limite, toujours des feuilles symétriques à elles-mêmes, symétriquement suspendues ! Tente encore une feuille ! -La même ! Encore une autre ! La même!».